Album Rock1/6
par Julie Zaugg
![]() | Arcade Fire |
| "The Suburbs" | |
| Merge, 2010 | |
Les craintes étaient grandes qu'ils ne confirment pas l'essai de Neon Bible, LE disque de l'année 2007. Pas facile en effet de faire mieux – plus grandiose – que cet album rempli d'odes épiques (Intervention, No Cars Go), enregistré dans une église et soutenu par un orgue magistral. Mais les Montréalais d'Arcade Fire y sont parvenus. Avec les honneurs même, confirmant leur statut de plus grand groupe des années 2000. Ils ont notamment su éviter l'écueil de la démesure: au lieu de pousser leur troisième album un cran au-delà du deuxième, ils ont au contraire choisi de redescendre d'une octave. Ainsi, si Funeral contenait la promesse des bonheurs à venir et que Neon Bible les concrétisait, The Suburbs prend de la hauteur. Moins grandiloquent, il gagne en foisonnement et subtilité. Les attraits feutrés de la banlieue remplacent les couleurs criardes du centre-ville. Mais attention, sous ce calme trompeur, la tempête couve. Morceaux les plus immédiats, Modern Man et We Used To Wait jettent un regard rageur et désabusé sur la jeunesse perdue. D'autres titres, comme les très beaux Rococo ou Suburban War, révèlent des charmes plus discrets. Quelques surprises aussi, comme le plus rock – et très Pixies-ien – Month Of may ou le sautillant Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), qui lorgne du côté de Blondie. Sans oublier tous les autres morceaux, qui n'ont pas besoin de qualificatif pour exister (Ready To Start, Empty Room). Une grande réussite.

