Summer in the city Par Sonotone Team Le Festival Summercase s’est tenu mi-juillet à Barcelone. Deuxième festival rock de l’été dans la région, après Primavera et avant Benicassim, l’événement a réuni deux jours durant les derniers nés de la hype tout comme les vieux briscards de l’indie. Un mélange incongru qui a vu James monter sur scène aux côtés de The Maccabees et Ratatat. Le tout dans un décor post-industriel et face à la mer. Récit, sous forme d’échantillons musicaux. VENDREDI 22:00 PJ HARVEY Elle arrive sur scène dans une robe à volants blancs, et capte instantanément l’attention du public. Elle le tiendra en haleine une heure durant, toute seule à la guitare ou au clavier, par une chaleur étouffante. Il faut être PJ Harvey pour parvenir à ce degré d’intensité. Les chefs d’œuvre d’antan se succèdent dans le désordre, prenant ici tout leur sens. C’est les contours d’une œuvre majeure qu’on voit apparaître, avec sa période de jeunesse nerveuse, ses errances (l’album Stories From The City, Stories From The Sea) et ses moments de grâce. Reste les nouveaux titres: des morceaux épurés exécutés d’un mince filet de voix. L’espace d’un instant, la tigresse rock se transforme en petite fille récitant son poème devant le sapin de Noël. Par Julie Zaugg 00:40 ARCADE FIRE Les chansons frappent de plein fouet, comme à la première écoute. De No Cars Go aux Neighbourhoods du premier album, Arcade Fire déroule sur scène toute sa force, sa folie, son plaisir de jouer. Régine est partout à la fois, comme la Poupée de cire qu’elle chante, femme-batterie, femme-accordéon, enragée et enjôleuse. Win est droit, tendu, le grand révérend de cette messe. Il toise la foule de son œil un peu trouble. Et la foule est suspendue à ses lèvres. Ce qui frappe, ce soir-là, c’est de mesurer à quel point cette musique est fédératrice. Sur tous les morceaux, les gens chantent, hurlent, pleurent parfois. Une liesse collective qu’on ne pouvait guère imaginer, seul avec son Ipod, mais qui nous porte, longtemps encore après le concert. Par Joanne Beaud SAMEDI 18:25 HOW I BECAME THE BOMB La collection de tronches la plus improbable du festival fut celle-ci, entre un clavier à veste jaune façon Star Trek, un guitariste à moustaches dont le t-shirt agrémenté d'une tête de cowboy à l'aérographe était assorti d'un cardigan pastel volé à Jeanne Calment et un chanteur blond à tête de Charles Trenet, dont la surcharge pondérale acceptait difficilement la réclusion que lui imposait une vareuse vert pistache trop petite. Avec tout ça, difficile de ne pas trouver enthousiasmante la pop égrillarde de ces pieds-tendres de Nashville, Tennessee (s'ils s'y habillent pareil, ils ne doivent pas rigoler tous les jours), qui, forts d'un unique E.P., ont galvanisé les trente spectateurs levés exprès avant 18h pour les voir. A surveiller de près, comme on dit dans ces cas-là. Par Gaspard Turin 22:05 DJ SHADOW Imaginez une grande scène devant la mer avec, de par et d’autre, deux immenses écrans, et derrière toute une batterie de machines et de platines, un petit homme avec une casquette vissée sur la tête: son nom, DJ Shadow. Tout seul à bord de son vaisseau, ce capitaine nous emmène avec lui sur les flots. La foule, amassée, assiste depuis le pont au spectacle: les morceaux s’enchaînent les uns aux autres, alors que les images défilent. Beaucoup de titres figurent sur son premier album, Endtroducing DJ Shadow. Quant au son, ample et vaste, il envahit tout l’espace, de la mer au ciel. La croisière se termine par Midnight in A Perfect World avec seulement quelques minutes d’avance au cadran de la montre. Par Sarah Lombardi 23:15 THE JESUS & MARY CHAIN On n'osait plus l'espérer: après huit ans de séparation, les frères Jim et William Reid ont décidé de ressusciter leur groupe, formé en 84, précurseurs et fer de lance du shoegazing. Les autres musiciens ne sont rien de moins que Phil King (ex-Lush, bassiste) et Loz Colbert (ex-Ride, batteur).A l’époque, leurs concerts se terminaient au bout de quelques minutes dans le chaos et la fureur. Arrivé devant la scène principale de Summercase, on espérait et redoutait un glorieux sabordage, mais ils ont choisi de plutôt livrer un grand concert rock, digne, noisy et fin à souhait, qui remet à leur place tous les suiveurs. Pas de pose, on joue comme ça sort des tripes. Jim a la classe d’un corps anglais neurasthénique et d’une voix unique. William a beau avoir pris du bide, il manie sa guitare et ses larsens comme dans sa jeunesse. Modeste et généreux. Ce groupe reste le seul digne héritier des Stooges et du Velvet. Par Cédric Barrat 23:30 THE GOSSIP Visiblement, le combo établi à Portland Oregon mise sur les contrastes. Une chanteuse dodue accompagnée d’une grande asperge à la guitare ou un rock garage délayé dans de la musique de dancefloor. Et la formule marche formidablement. En tous les cas sur les Barcelonais! Sous un chapiteau très vite transformé en bain turc, le public répond au quart de tour aux incantations de la grassouillette Beth Ditto. Il faut dire que la native de l’Arkansas intrigue. Là encore, un mélange contrasté entre une petite Américaine gentiment portée sur le kitch (bien qu’ayant un peu forcé sur le coca), et une femme fatale trash jouant des ses bourrelets et finissant le concert haletante avec sa robe sous les bras. Par Renaud Bournoud 00:15 ELECTRELANE Après avoir écumé les salles en ouverture d’Arcade Fire, les quatre filles d’Electrelane s’emparent de la scène du Summercase pour livrer aux festivaliers une bonne dose de déflagration sonore. Verity, Emma, Mia et Ros maîtrisent leur affaire, et c’est sans peine que ces petits gabarits de femme réussissent à faire bouger les têtes, grâce à des morceaux en majorité instrumentaux et aux changements de rythme cataclysmiques. Même si le chant d’Emma reste encore un peu timide sur les morceaux du récent No Shouts, No Calls, l’énergie est avant tout déployée par le jeu des cordes. La guitariste finira d’ailleurs le set allongé sur son instrument, ainsi que sur l’immense ampli qui crache des sons quasi martiens. Une bonne baffe féminine. Par David Clavien