Pop is the new Rock (ou vice-versa) Par Gaspard Turin Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la différence entre rock et pop (sans jamais vous être réellement posé la question). À l’origine de ce dossier, se trouve une anecdote assez simplette : à la rédaction de sonotone.ch, nous nous sommes décidés à changer le nom des onglets sous lesquels nous classons nos chroniques. Ce qui n’était avant qu’un seul onglet pop-rock s’est subdivisé en deux, selon une sorte de mitose artificielle, de clonage in vitro. Pour tâcher de ne pas commettre trop d’impairs lors de nos futurs choix de classement, qui verront les chroniques se ranger d’un côté ou de l’autre de cette division, nous avons enquêté dans les milieux les plus autorisés pour qu’on nous explique, enfin, la différence entre pop et rock. Voici aujourd’hui le résultat de cette enquête. Ces authentiques Tables de la Loi feront désormais autorité chez nous comme ailleurs (ou alors ça ne va pas tarder). Théo de Disc-à-Brac Pour Théo, le célèbre disquaire dur de la feuille du magasin Disc-à-Brac, la réponse se résume en quelques termes lapidaires. Le rock serait l’expression de l’«urgence», la pop le résultat d’un épanchement plus lyrique. Mais l’homme ne se satisfait pas d’une réponse aussi théorique, et s’aventure sur un terrain glissant pour nous donner une explication peut-être plus convaincante : ce qui différencie les deux types de musique serait «le pli des genoux», résolument rock, alors que les jambes des popeux se tiennent toutes bien droit, dans des pantalons même pas en cuir. Pas bête le coup des genoux. Après tout, le premier promoteur du rock à grande échelle l’avait bien compris en son temps, avant de mourir obèse sur ses toilettes en 1977. Eric d’Obsession Pour le non moins célèbre Eric, de la boutique Obsession, la différence se joue au chronomètre: «Si un mot, par exemple "today", est prononcé dans un laps de temps qui s’étend entre 0,1 et une seconde, c'est du rock. Si ce même mot dure plus d'une seconde, c'est de la pop. Evidemment, la durée minimale de la prononciation du mot varie proportionnellement à la longueur de ce dernier.» Ceci expliquerait sans doute pourquoi, dans le rock, on ne prononce pas beaucoup de mots de plus de trois syllabes… Fig de Gentlemen Quant au programmateur et patron du label Gentlemen Christian Fighera, alias Fig, voici sa définition du rock : «Le rock est un genre musical qui mixe le blues noir - le rhythm and blues en premier lieu - avec une culture blanche marquée notamment par la musique country (c.f. le mort sur ses toilettes dont je parlais tout à l’heure, ndlr). Le rock devient par la suite une véritable philosophie avec sa cohorte de dérivés culturels, du cinéma aux bandes dessinées en passant par la mode vestimentaire. Le rock dépasse très largement le cadre purement musical, et tout, ou presque, peut être rock!» Après cette définition exhaustive où l’on voit bien à quel point le rock est difficile à cerner, que dire d’un concept aussi vague que celui de la pop? La réponse du gentleman est sans appel : «pop = post office protocol». C’est vrai, autant renoncer. Au moins aurons-nous toute licence de classer ce que nous voudrons dans l’une ou l’autre desdites catégories… Yanick de City Disc C’était sans compter sur le dernier intervenant de notre dossier, Yanick, gérant au magasin City Disc de la gare de Lausanne. Pour lui, le problème est d’ordre plus pragmatique que pour tous nos beaux théoriciens de la musique indépendante. En effet, dans son magasin, la question se pose avant tout en termes de classement. Et il s’avère que la chaîne a justement choisi, il y a quelques années, de scinder en deux rayons distincts tout ce qui auparavant était classé sous l’étiquette… pop-rock! Le monde est parfois cruel. Depuis, chez City Disc, c’est régulièrement la galère pour décider de ce qui va où. «Certains albums des Beatles du début de leur carrière seraient à classer sous rock, tandis que les plus récents sont assimilés à de la pop», explique Yanick, qui à titre individuel considère que «c’est finalement la place des guitares dans la musique qui devrait déterminer cette classification : leur niveau d’agressivité, leur production prépondérante ou non par rapport à la voix.». À cela, il faut ajouter que Coldplay est classé dans le rayon rock chez City Disc, ce qui pose la question du degré de popularité des artistes «douteux», qui à partir d’un certain stade de notoriété devraient presque être considérés comme pop. Finalement, comme le précise Yanick, «tout cela reste bien subjectif». On peut donc dire, sans trop se tromper, que sonotone.ch se prépare à vivre de belles nuits blanches.