Les sorties des ados et pré-ados des années 80 et 90 se résumaient en général à la boum, cette vénérable institution immortalisée dans les deux films éponymes et symbolisée par la toute jeune Sophie Marceau. La déco en papier d'alu, le bol de chips paprika et le jeu de la bouteille en constituaient les moments forts. Le DJ était en général un grand frère ou une cousine plus âgée qui passait des cassettes. Les moins de 18 ans des années 00 n'ont pas cette (mal)chance. On leur organise des soirées, dans des vrais clubs et avec de vrais groupes et des DJ professionnels: les underage parties. Dimanche après-midi Nées en 2006 dans le cerveau hyperactif d'un jeune Londonien, Sam Kilcoyne –14 ans à l'époque et accessoirement fils de Barry Smith d'Add N to X – ces "soirées" ont en fait lieu le dimanche après-midi, de 16 à 19 heures. Sans alcool et sans adultes, pour rassurer les parents. Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agit de bêtes goûters d'anniversaires. La qualité musicale rivalise aisément avec celle des événements pour les plus de 18 ans. Si la première underage party a eu lieu en 2006 au Coronet Theatre, elles ont désormais essaimé un peu partout dans la capitale britannique. Les premières ont même eu lieu à Paris. Et, surtout, un festival interdit aux plus de 19 ans a vu le jour. La seconde édition a eu lieu en août, avec des groupes comme Bombay Bicycle Club, The Maccabees, Gallows, Foals, Glasvegas, Fryars, The Rascals, Ipso Facto ou Florence And The Machine. Pas exactement une programmation de seconde zone. Un espace spécial "parents" était aménagé devant les barrières du festival, avec tables et stands de nourriture pour les adultes qui souhaitaient attendre leur progéniture à la sortie des concerts. Marché prometteur En parallèle à ce public de pré-ados qui s'organise pour voir ses groupes préférés avant d'avoir atteint l'âge légal pour entrer dans une salle de concert, on a vu apparaître une nuée de formations elles aussi composées de très jeunes musiciens, qui n'ont parfois même pas encore terminé l'école obligatoire. Ceux-ci n'ont donc pas non plus l'âge pour jouer dans les clubs du circuit indie classique et se retrouvent à faire des concerts essentiellement dans les soirées underage. Un monde parallèle en somme, composé de mini-fans de rock, tous mieux lookés les uns que les autres, souvent avec une connaissance encyclopédique de la musique. Les maisons de disque et les promoteurs de concerts ne s'y sont pas trompés: l'argent de poche reçu par les jeunes entre 8 et 18 ans représente quelque 2,4 milliards de francs chaque année, selon une enquête effectuée par TNS Media Intelligence en 2004. Un marché prometteur. Aperçu de quelques groupes qui composent la scène underage. Bombay Bicycle Club: De la pop énergique aux refrains accrocheurs. Point fort: la voix très particulière de Jack Steadman, tremblotante et vulnérable, qui porte les morceaux. Cajun Dance Party: Camarades de classe de Bombay Bicycle Club, ils ont sorti un premier album un peu décevant, car surproduit. Mais leur single The Next Untouchable laisse augurer de grandes choses à venir, tout comme leurs prestations scéniques. FrYars: Encore un pote des sus-mentionnés. Une voix grave, un humour noir à la Jarvis Cocker et des arrangements électroniques aériens en font l'un des représentants les plus originaux de la scène underage. The Horrors: Ces néo-goths ont relancé la mode du jabot dans les cours d'écoles britanniques. Mi-Tim Burton, mi-Cramps, ils font du bon garage 60's, avec une grosse pointe d'ironie. Agés de 21 à 23 ans, ils font déjà figure d'aînés. Poppy & The Jezebels: Ces quatre demoiselles de Birmingham font de la bubblegum pop inspirée des 80's. Chœurs, synthés et batterie approximative font tout leur charme. Pull In Emergency: Citant à la fois The Smiths et The Strokes comme influences, il y a un peu de ces deux groupes qui ont chacun marqué une décennie à leur manière, chez ces Anglais. Avec une voix de fille en prime. Tiny Masters Of Today: Les Américains du lot sont composés de Ivan et de sa sœur Ada, 13 et 11 ans à leurs débuts. Leur premier album est certes un peu brouillon, mais ils ont déjà assimilé les règles d'un certain DIY bruitiste new-yorkais. Et Karen O chante sur un titre. Les Plastiscines: Sur le continent, les Parisiennes sont sans doute les plus dignes représentantes du mouvement underage, avec leur pop légère qui parle de garçons "losers". Mais il faudrait encore citer Second Sex, BB brunes ou The Dodoz. www.myspace.com/underage_club www.underagefestivals.com