Ding-dong! Bonjour madame, c’est la maison Sonotone qui vous rend visite à domicile. Avez-vous déjà pris connaissance de notre offre exceptionnelle de cette année? Non? Attendez, ne refermez pas la porte, ma visite ne vous engage à aucun achat. Regardez, j’ai ici tout un assortiment de disques chatoyants, presque tous d’excellente qualité. Alors que vos webzines et blogs habituels se contentent de vous conseiller des disques, nous allons nous pencher sur l’année qui se termine, non seulement pour y dénicher le meilleur (et le pire) de 2008, mais en plus pour vous dire à qui offrir quoi. Pas mal, non? Pour les papas Scarlett Johansson – Anywhere I Lay My Head Il y a comme ça des disques qui peuvent plaire à tout le monde, des plus exigeants à ceux qui le sont moins. Ceux que la rugosité calculée et la production virtuose de David Sitek ne touchent pas, ceux qui n’auront pas le plaisir de retrouver les chansons de Tom Waits à la beauté éternelle, ceux que la voix grave de Johansson n’émeut pas, pourront toujours se consoler en regardant les photos du livret. Pour son patron MGMT – Oracular Spectacular Un manager digne de ce nom ne pourra qu’être flatté que vous lui offriez ce fleuron de la hype 2008, d’autant plus qu’il connaîtra la moitié des chansons du disque sans le savoir. Travail: la promotion n’est pas loin. Pour un/e ami/e malade Get Well Soon – Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon La blague est facile, mais elle ne rend pas justice à la qualité exceptionnelle de cet album, qui côtoie la grâce à chaque instant. C’est l’un des cadeaux que vous pouvez faire les yeux fermés à tous ceux que le phénomène Arcade Fire a touchés et fédérés sous la bannière d’un rock-pop tragique et lumineux. Pour un/e ami/e légèrement prétentieux/se The Last Shadow Puppets – The Age Of The Understatement De ces gens qui ont fait lettres et qui parlent volontiers de musique, vous en connaissez bien un/e. Offrez-lui TLSP: classieux et gouailleur à la fois, ce disque bénéficie du double apport d’Alex Turner (Arctic Monkeys) pour l’insolence goguenarde, et de Miles Kane (The Rascals) pour les guitares altières et une instrumentation galopante, façon Divine Comedy. Une manière de se racheter une conscience populo, au creux d’un boudoir de velours rouge profond. Le Château-Margaux de la pop anglaise. Pour son ex The Dears - Missiles Serait-ce l’héritage de Morrissey? Il y a une sorte d’amertume, l’expression d’un regret presque vindicatif dans cette musique, magistralement tournée vers le passé, avec derrière la tête comme quelques comptes à rendre. On trouve ici l’habituelle production chatoyante et hédoniste à laquelle Murray Lightburn a habitué ses auditeurs, et puis autre chose, d’indistinctement irritant – peut-être dans la longueur des morceaux, qui souvent s’étirent à n’en plus finir… Alors qu’ils sont si beaux qu’on ne sait finalement pas si l’on souhaite vraiment qu’ils s’arrêtent. Pour la bonne copine Vampire Weekend – Vampire Weekend Vous savez, celle qui va à Paléo tous les ans depuis quinze ans, re-tire de temps en temps sur un petit joint mais pas longtemps, et dont le meilleur souvenir de concert reste à ce jour «Ben Harper sur la grande scène en ’98, l’éclate totale. A moins que je confonde avec Ben Harper en 2001? Enfin, de toute façon c’était hyper bien, comme aussi la fois où Manu Chao avait rejoint Louise Attaque pour jouer Ton Invitation, là c’était vraiment top». Pour un petit cousin, ex-enfant hyperactif Foals - Antidotes Il y a encore quelques années, ce petit monstre avait reçu plan-plan, avait reçu plan-plan, avait reçu un beau tambour, et conduit ses parents le long d’une vertigineuse enfilade d’antichambres de la folie. La suite logique de son parcours: fonder un groupe encore plus nerveux et déraisonnable que celui-là. Les parents vous en voudront, mais si ça marche, aucun des disques que vous offrirez cette année n’aura de but plus louable. Pour le nouveau conseiller fédéral Black Kids – Partie Traumatic Il ne va probablement pas aimer. Je reformule: Il ne va probablement pas l’écouter. Pour un/e romantique repenti/e Dark Captain Light Captain – Miracle Kicker Vous me direz, c’est un piège, ça n’existe pas. Mais cherchez dans le passé de tel pote devenu executive sales manager, souvenez-vous qu’il possédait l’intégrale d’And Also The Trees. Ou de telle amie, avec laquelle vous retournez manger de temps en temps à midi: en tailleur, ses ongles lustrés cliquettent d’impatience sur la table du restaurant japonais, tandis que vous lui racontez votre vie minable en l’empêchant de retourner vérifier le cours du Nikkei. Un album de DCLC plus tard, et la voilà en arrêt de travail pour une maladie de langueur dont la cause semble inconnue à tous. Mission accomplie. Pour quelqu’un qui compte vraiment The Smiths – The Sound Of The Smiths Compiler les Smiths est, depuis vingt ans, une sorte de trouble obsessionnel compulsif pour les gens de WEA (chaque album du groupe, ou presque, était une récapitulation de 45 tours ou de chansons que l’on trouvait déjà sur les albums précédents). Il faut pourtant passer outre les stratégies commerciales nauséabondes, car au bout du compte, il y a l’un des seuls vrais graals de ce bas monde: partager cette connivence, faire découvrir et aimer le meilleur groupe de tous les temps à un être cher (ou qui, le cas échéant, le deviendra). Pour son chien The Verve – Forth Souvenez-vous du single Love Is Noise, ses petits aboiements au niveau du chorus. Pour la petite histoire, la première fois que je l’ai entendu, j’ai cru que les animateurs de la radio se foutaient de la gueule du morceau en couinant par-dessus. Et si vous possédez un chien de combat, vous pourrez toujours aiguiser sa haine sur les longues plages boursouflées de narcissisme qui peuplent le reste de l’album. Pour le pote branchouille Metronomy – Nights Out / Friendly Fires – Friendly Fires Attention, le client est difficile, il va falloir lui présenter Metronomy sous l’angle flatteur de l’argument happy few: «Ça vient de East-London, là bas c’est la folie, ici c’t’encore assez confidentiel, mais d’ici peu ça débarque et alors c’est la folie dans les clubs». Mais également un peu hasardeux, car l’album est sorti il y a plus de trois mois. S’il est assez branchouille, le pote connaîtra. Mieux vaut alors avoir dans sa manche un second atout plus récent, Friendly Fires, délicieusement néo-funk, juste assez faussement ringard pour susciter l’enthousiasme. Pour le pote fêtard Midnight Juggernauts - Dystopia Même s’il est grave, s’il conduit une voiture tunée, porte des lunettes de soleil transparentes à reflets, boit du red bull à toute heure du jour et du champagne bon marché dans des carrés V.I.P., le cadeau va lui plaire. Le problème étant que, il y a longtemps, vous aviez essayé de lui faire écouter les Tindersticks et compris tristement qu’il y aurait toujours une barrière entre vous. C’est l’occasion de la faire sauter avec ce disque d’électro efficace et rusée. Pour une amie compliquée Portishead - Third Le genre qui vous fait la gueule sans raison et vous apprenez deux mois plus tard que c’était parce vous aviez prêté la nouvelle saison de Heroes à quelqu’un d’autre avant elle. Nul doute que les atmosphères tortueuses de Third la hanteront des semaines durant pour son plus grand bonheur. Elle vous remerciera, dans cinq ans.