S'il fallait trouver une seule image qui résume l'époque britpop, ce serait sans doute celle des membres de Blur habillés en mods devant un mur taggé d'un retentissant "Modern life is rubbish". Ou alors les quatre lascars engoncés dans des t-shirts rayés Fred Perry devant une vieille country house anglaise, titre du single qui leur valut un combat homérique avec Oasis dans les charts en 1995. Ou peut-être encore le clip de Parklife, où l'on voit Phil Daniels, le mythique acteur de Quadrophenia, donner de la voix pour conter les tribulations d'un dandy Londonien avec un accent cockney à couper au couteau. Bref, vous l'aurez compris, on peine à évoquer les 90's – du moins telles qu'elles se sont déroulées Outre-Manche – sans y inclure le groupe originaire de Colchester. Pop rétro Qu'il s'agisse de Girls & Boys, de Song 2, de Chemical World, de Sunday, Sunday ou de There's No Other Way, les chansons des quatre Britanniques au look propret ont longtemps hanté les soirées et les platines des amateurs de cette pop anglaise un brin rétro venue donner un grand coup de sac (ou de desert boots) aux chevelus de la génération grunge au milieu des années 90. Et ce ne sont pas celles qui ont le plus mal vieilli. Je vous conseille une petite cure de Menswear ou de Bluetones si vous en doutez… Virage américain Pourtant, si on examine l'ensemble de la carrière de Blur, le groupe n'a véritablement consacré que trois albums au genre britpop (Modern Life Is Rubbish en 1993, Parklife en 1994 et le très décevant The Great Escape en 1995). Les premiers pas de Damon Albarn & Cie (Leisure en 1991) étaient davantage tournés vers la Madchester, mouvement qui vivait alors ses dernières heures. Et après la trilogie sus-mentionnée, ils se sont rapidement tournés vers des influences venues des Etats-Unis: le sobrement intitulé Blur (1997) doit davantage à Pavement qu'à Supergrass. Les deux dernières offrandes de la formation (13 en 1999 et Think Tank en 2003) sont également les plus hétéroclites. Le premier documente sur un ton lo-fi la séparation de Damon Albarn et Justine Frischmann d'Elastica (symbole s'il en est de la mort de la britpop), alors que le second préfigure déjà l'intérêt pour les rythmiques africaines et le hip-hop qui allaient accaparer l'attention du leader du groupe par la suite. Empoignades en vue Mais tout ceci ne serait que de l'histoire ancienne, digne de n'intéresser que les amateurs de musique britannique nés dans les années 70, si Blur n'était pas en passe de se reformer. Affirmant ne s'être en fait jamais séparés (formellement, c'est vrai), le quatuor a annoncé en décembre deux dates de concert, les premières depuis 2001: l'une au festival de Glastonbury en juin et l'autre à Hyde Park en juillet. Pour l'heure, pas de nouvel album en vue. Damon Albarn et Graham Coxon se contentent de lister les classiques de Blur qu'ils aimeraient rejouer en live. Signe que rien n'a vraiment changé entre le chanteur amateur de perles pop à la mélodie facile et le guitariste qui privilégie les arrangements moins immédiats et les voies détournées, le premier cite This Is A Low (l'un des tubes de Parklife) et le second Bugman (un titre brouillon et largement passé inaperçu tiré de 13) comme chansons à jouer absolument sur scène cet été. La réunion promet de belles empoignades. Sans oublier que le bassiste Alex James – qui fabrique désormais des fromages bio dans une ferme des Cotswolds – et le batteur Dave Rowntree – qui s'est engagé en politique et a fondé une société d'animation en 3D – y mettront également leur grain de sel. En attendant, voici un récapitulatif des projets qui ont occupé les membres de Blur ces dernières années: The Gorillaz Premier groupe entièrement virtuel, The Gorillaz est composé de personnages de cartoon dessinés par Jamie Hewlett (le créateur de Tank Girl), qui ont chacun leur personnalité et leur histoire propre. Parmi les "vrais" musiciens, on trouve Damon Albarn, le producteur de hip-hop californien Dan The Automator ou le guitariste de The Verve Simon Tong. Un marketing soigné qui a valu au groupe un succès immédiat. Il a sorti deux albums (en 2001 et 2005), mélange de hip-hop, de dub et de pop. En 2007, Albarn et Hewlett se sont à nouveau associés pour créer un opéra pop intitulé Monkey: A Journey To The West, inspiré d'un classique de la littérature chinoise du XVIe siècle. The Good, The Bad & The Queen Super-groupe formé par Damon Albarn, le bassiste de The Clash Paul Simonon, Simon Tong et le pionnier de l'afrobeat et batteur de Fela Kuti Tony Allen, The Good, The Bad & The Queen n'a sorti qu'un seul album, en 2007. S'appuyant fortement sur les rythmiques complexes de Tony Allen, ces 12 titres de pop classique et classieuse semblaient marquer un tournant, vers plus de maturité, pour le leader de Blur. Une évolution démentie par les derniers événements… "Mali Music" Mali Music est un album sorti en 2002 sur l'initiative de Damon Albarn, qui a réuni plusieurs artistes africains, comme Afel Bocoum, Toumani Diabaté ou Ko Kan Ko Sata Doumbia. Mélange de sonorités traditionnelles et d'électronique, cet opus a valu quelques railleries au chanteur de Blur, qui a voulu y voir l'exemple définitif d'une "africanisation" réussie de la musique occidentale. Graham Coxon Dès 1998, le guitariste de Blur entame une carrière solo placée sous le signe de la lo-fi et de l'expérimentation. Six albums plus tard – celui qui a eu le plus de succès, Happiness In Magazines, date de 2004 – le virtuose de la six-cordes continue de promener ses lunettes d'intello et sa coupe au bol sur les diverses scènes de Grande-Bretagne, en toute discrétion. Et de hanter les rues de Camden, comme à la belle époque. Fat Les Side-project le moins sérieux du lot, Fat Les est le groupe d'Alex James, de l'acteur Keith Allen et de l'artiste Damien Hirst. Il n'a sorti qu'une poignée de singles, tous plus bêtes les uns que les autres. A titre d'exemple, Vindaloo – qui est devenue la chanson inofficielle de l'équipe d'Angleterre lors de la coupe du monde de foot en 1998 – est une sorte de chant de stade pseudo-comique. Le clip est une parodie du Bitter Sweet Symphony de The Verve.