Faisons le point, à l’heure de son neuvième album solo plutôt réussi, sur le «dernier des grands playboys internationaux» (selon un titre auto-décerné en 1989) qu’est Morrissey. Plutôt que de décrire par le menu une carrière trop riche pour être traitée sous forme descriptive, nous nous sommes contentés de compiler et de commenter certaines de ses plus belles sorties: un florilège de citations choisies. Pour des détails sur la biographie, la discographie ou l’impossible reformation des Smiths, allez donc voir sur la page Wikipedia si j’y suis. - I am the son and the heir of a shyness that is criminally vulgar. I am the son and heir… of nothing in particular (How Soon Is Now, 1984). Ou comment illustrer, en deux phrases, deux aspects fondamentaux du personnage de Morrissey, qui l’accompagneront pendant toute sa carrière: un esprit d’une brillance qui confine à la pédanterie, contrebalancée par l’impossibilité de communiquer normalement ses sentiments. Bienvenue dans le monde torturé et paradoxal de l’introversion affichée… - There’s more to life than books, you know, but not much more. (Handsome Devil, 1984) Le rock n’a jamais trouvé de meilleur thème que l’adolescence. Mais quand presque tous choisissent de chanter l’égarement hormonal et néandertalien (à la My Generation), une voix s’élève pour proposer une alternative réfléchie, peu expansive et intellectuelle, à ce cliché. Il n’y aura guère que The Divine Comedy et Belle & Sebastian pour reprendre ce flambeau-là. - Don’t forget the songs that made you cry, and the songs that saved your life. (Rubber Ring, 1985) Derrière cette évocation au ton léger se cache en fait une réelle proclamation, un acte de foi: la croyance selon laquelle la musique populaire peut être considérée comme un art majeur. C’est l’une des phrases qui revient le plus souvent dans les blogs et les forums consacrés aux Smiths. Un vrai fan ne peut qu’adhérer à ce jusqu’au-boutisme. - Please the press in Belgium: sadly, this was your life (Paint A Vulgar Picture, 1987). Cette chanson peu connue, attaquant l’industrie du disque, est l’une des plus subversives écrites par Morrissey. On y surprend des cadres de Rough Trade se partager le cadavre encore chaud d’une vedette morte, avec hypocrisie et cynisme. Pourtant, lorsqu’on voit le nombre de best-of et de compilations dont le groupe s’est rendu complice, on a de la peine à y croire tout à fait… - Hide on the promenade, etch a postcard: "How I Dearly Wish I Was Not Here", in the seaside town... that they forgot to bomb, come, come, come – nuclear bomb (Everyday Is Like Sunday, 1988). La grisaille et la débine de l’Angleterre des années 80 avaient créé les Smiths, enfants de Manchester comme Pulp l’ont été de Sheffield ou The Wedding Present de Leeds. L’ennui et le manque de perspectives sont le meilleur terreau pour fonder un groupe. Ils resteront des thèmes de prédilection pour Morrissey, même exilé sous les palmiers de Los Angeles. - My love is as sharp as a needle in your eye – you must be such a fool to pass me by (Seasick, Yet Still Docked, 1992). Comment un chanteur à la vie affective inexistante parvient-il à écrire sur l’amour, le plus rebattu des thèmes, de façon si puissante? Le mystère reste entier. - They live where you wouldn’t dare to drive (Reader Meet Author, 1995). L’image de chanteur sophistiqué lui collant à la peau, Moz n’a jamais été pris trop au sérieux quand il cherchait à défendre une cause sociale. Un peu comme à un Bowie chantant «Children round the world put camel shit on the walls» (It’s No Game), on est tenté d’attribuer à ce genre de considérations un surcroît de cynisme. Et pourtant, comme souvent, Morrissey touche juste, sans tenir de longs discours. Pas comme certains journaleux de webzines. - I wish the very worse for Joyce for the rest of his life (Presse, 2002). Grosse colère du Mozzer: l’ex-batteur Mike Joyce gagne le procès qui l’oppose à son ex-chanteur. Plusieurs millions sont à la clé et notre homme l’a plutôt mauvaise. Il faut dire que, du temps des Smiths, le partage des royalties se faisait selon le schéma 40% - 40% (Morrissey-Marr) vs. 10%-10% (Joyce le batteur, Rourke le bassiste)… - And he stole from the rich and the poor, and the not very rich, and the very poor. And he stole all hearts away (First Of The Gang To Die, 2004). De nombreuses chansons attestent de la fascination de Morrissey pour l’image du mauvais garçon, membre d’un gang, jeune casseur ou prostitué. La chanson serait en quelque sorte l’équivalent du «Quand on arrive en ville» de Starmania… Ce personnage atteste pourtant de la distance et de l’humour avec laquelle le cliché de Robin-des-Bois urbain est traité, sans que cette fascination ne disparaisse pour autant. Piazza Cavour, what’s my life for? (You Have Killed Me, 2006) Après s’être exilé durant plusieurs années à Los Angeles (principalement pour des raisons juridiques: il doit toujours de l’argent à son ancien batteur), Morrissey retourne sur le vieux continent pour emménager à Rome. Sans se départir de sa superbe. Now I’m spreading your legs, with mine in-between… Dear God, if I could, I would help you (Dear God Please Help Me, 2006). La sexualité du Moz est un mystère pour tous les naturalistes. Bien que toujours plus ou moins suspecté d’être gay par la presse et le public, (ce qu’il est, soyons francs, l’homme aura 50 ans en mai prochain, l’heure n’est plus aux chichis), il affichera pourtant toujours un retrait par rapport aux choses du sexe, prétendant être au-dessus de ça. Jusqu’en 2006, où sans crier gare, paf, une chanson de cul. Mazette. I do maintain that if your hair is wrong, your entire life is wrong (trouvé sur Internet). Ca se passe de commentaires.