Maquillage, c'est camouflage Par Cédric Barrat Ce mois-ci l’actualité nous pousse à nous intéresser aux filles dans le rock. Non pas aux chanteuses-interprètes qui parsèment l'histoire de la musique, à l'image d'une Patti Smith ou d'une Janis Joplin, mais bien aux groupes de filles qui jouent de la guitare, de la basse et de la batterie, font des répèt’, composent des chansons, virent leur batteuse et partent en tournée. Dernière incarnation en date: les toutes jeunes et jolies Plastiscines. «Tu n’es qu’un looo.., tu n’es qu’un looo-ser, prends garde à toi. Chaque fois que tu m’attrapes, je me débats, je me débats», lâchent-elles avec hargne sur leur tube Loser. Ces quatre demoiselles âgées de 20 ans et originaires de Paris ont décidé de former un groupe à la suite d’un concert des Libertines. Etiquetées «baby rock» féminin et encensées par une certaine presse musicale hexagonale, elles chantent en français et se réfèrent tant aux Strokes qu'à Blondie, à B52, aux Soft Boys, aux Ramones, aux Yéyé, aux Yeah Yeah Yeahs ou à Elastica. Les Plastiscines, c’est aussi la reprise de J’aime regarder les filles à Taratata et une première partie d’Indochine, mais c’est surtout la couverture du magazine Rock & Folk. Ce sont eux, ces vieux mecs, ces journalistes de 50 ans qui ont créé et promu la nouvelle scène «baby rock parisienne». En fait, le cas des Plastiscines permet de mieux comprendre certains points obscurs de la domination masculine dans la culture pop. Comment en est on venu à parler autant d’un groupe soit dit en passant tout à fait banal (c.f. notre chronique de LP1)? Pourquoi ces charmantes demoiselles font-elles autant débat ? Parce que, justement, elles sont charmantes. Le public tout comme les journalistes semblent avoir encore bien de la peine à dissocier qualité musicale et apparence physique quand on parle de femmes. Les groupes de filles qui cartonnent sont ainsi rarement composés de laiderons. À l'inverse de nombreuses formations masculines : les membres de Radiohead, par exemple, qui sont loin d'être des apollons. Blondie, Siouxsie, Lush, Peaches, Destiny’s Child sont-elles donc considérées avant tout comme des femmes, au lieu d’être prises au sérieux en tant qu'artiste? Connaissez-vous un seul compositeur féminin de musique classique ou de jazz ? Mais les choses se compliquent encore lorsqu'on s'y attarde un peu. Car derrière le regard narquois porté par les hommes sur les riffs décrochés par les guitarheroins féminines se cache une grande peur. Celle de voir les filles faire mieux qu'eux dans un domaine sur lequel ils étaient sûrs – jusqu'à peu – d'avoir la mainmise. Si les Plastiscines ont 7425 amis MySpace, elles ont surtout un ennemi. Un certain AntiPlastiscines dont la contribution «raffinée» est délicieusement intitulée «Suce ma pine». Et oui, en 2007, les filles font du rock et cela emmerde beaucoup, mais alors beaucoup de monde. Cela valait bien un petit retour sur ces groupes de filles qui ont marqué l’histoire de la musique… Les filles dans l’histoire du rock The Slits En 1977, année de naissance du mouvement punk, les femmes ont les poils qui repoussent et les Slits voient le jour. En 2007, reformation et tournées au collagène du mythique «tout premier groupe punk féminin». Bikini Kill La rébellion des rockeuses commence surtout sur la fin des années 80 et va de pair avec la montée du féminisme, et plus particulièrement du mouvement des riot grrrls (en français «émeute de filles»), des femmes engagées dans une lutte sans merci contre l’inégalité des sexes. Les Bikini Kill, comme Hole, Slits et Penetration, ont aussi un excellent nom de groupe. Kathleen Hanna de Bikini Kill joue actuellement avec Le Tigre. L7 / Babes in Toyland/ Hole La chanteuse Courtney Love de Hole devient certes une star en épousant Kurt Cobain, mais elle creuse ensuite son propre sillon musical en pleine période grunge. Ses copines riot grrrls sont L7 et Babes in Toyland. Pour ceux qui ont loupé ces grungettes : à redécouvrir très vite. Girlschool Des hardeuses ! Des vraies ! Mais qui se souvient de Girlschool, sympathique groupe de hard féminin anglais promu par les Motörhead ? Compilations «Filles in The Garage» (8 volumes) et «Ultra Chicks» Deux séries de compil de groupes de filles 60’s. L’équivalent des Nuggets au féminin. Très difficile à trouver. À posséder ne serait-ce que pour les textes mièvres, ou pour réaliser que France Gall c’était chouette comme une boum. Tina Turner Elle épousa Ike Turner, l’un des inventeurs du rock en 1951, et fut reconnue comme artiste à travers sa collaboration avec son mari, avant de le dépasser largement en notoriété. Sabrina Boys, boys, boys, le Hit absolu et indépassable de l’italo-disco généreux et pur lait maternel. Attention, Sabrina n’est pas un groupe de filles, mais c’est tout comme. Miss Kittin/ Kate Wax/Water Lilly Les femmes prennent le pouvoir derrière les platines, chasse gardée des hommes s’il en est. Leur singularité: une touche décalée pleine d’autodérision. Le Tigre/ Bjork/ Peaches/ Electrelane/The Organ/The Delilahs Ou comment arriver à une crédibilité artistique en tant que musiciennes et «compositeures» de talent dans les années 1990 et 2000.