«Je n’aime pas avoir trop de contacts avec les gens» Maximilian Hecker est un gentil garçon. Il écrit de belles et tristes chansons d’amour qu’il déclame de son timbre à la fois doux et aigu, si particulier. Pourtant, derrière ce masque de gendre parfait, se cache une âme torturée. Lorsqu’il chante, le jeune Berlinois semble la plupart du temps à bout de souffle, drainé par l’expression de sentiments à fleur de peau. Des émotions si puissantes qu’il ne parvient pas à les exprimer autrement qu’au premier degré. Loin des poseurs et autres adeptes de la citation ironique qui abondent en ce début de 21e siècle, Maximilian Hecker ressemble à un chanteur authentique. Tout simplement. Rencontre à l’occasion d’un concert au Rocking Chair de Vevey pour présenter son quatrième album, I’ll be a virgin, I’ll be a mountain. Sonotone : Une infinie tristesse se dégage de tes trois premiers albums. Celui-ci, en revanche, semble un peu plus «heureux». Qu’est ce qui a changé? Maximilian: Je trouve que tous quatre ont le même son. Simplement parce que j’utilise certains nouveaux instruments, cela ne veut pas dire que tout a changé. En fait, l’intention a toujours été joyeuse chez moi. Je considère comme un événement éminemment positif de pouvoir exposer mes émotions à travers la musique, qu’elles soient gaies ou tristes. J’éprouve la même joie en exprimant le bonheur que le désespoir. Dans le quotidien par contre, je suis très renfermé, je réprime l’expression de mes sentiments. Je ne les laisse sortir qu’avec la musique, qui fait tomber mes barrières et me permet ainsi d’atteindre une forme de paix intérieure. S. : La génération des musiciens actuels est très portée sur l’ironie et le second degré. Mais toi tu sembles plutôt privilégier la sincérité et le premier degré. Pourquoi cela? M. : Il y a toujours une part d’ironie dans ma musique. Mais, globalement, je considère plutôt l’ironie comme une sorte d’échappatoire pour éviter de devoir se confronter à ses émotions, pour placer une certaine distance entre soi et ses sentiments. Pour moi, lorsque les émotions surgissent dans une chanson, le second degré n’y a pas sa place. S. : Tu travailles seul, jouant de tous les instruments tout en t’occupant du chant. C’est un choix? M. : Oui. Seul, j’ai plus de contrôle sur ma musique. Je m’économise aussi pas mal de temps et d’argent. Je trouve difficile d’avoir des contacts trop fréquents avec les gens. Seul, je me sens moins jugé, moins observé. Mais je fais des efforts pour m’ouvrir davantage aux autres. Et il ne faut pas oublier que d’autres personnes contribuent à ma démarche, participent à la confection de mes albums. Avant d’être un artiste solo, j’ai joué dans plusieurs groupes, mais uniquement en tant que batteur. S. : Récemment, tu es passé du petit label indépendant Kitty Yo à V2 Music, le label de Richard Branson. Pourquoi ce changement vers une plus grande structure? M. : Je n’y ai pas réfléchi tant que ça. Kitty Yo a décidé de ne plus sortir ses albums qu’en ligne, alors je me suis dit «Autant se suicider tout de suite». V2 m’a alors proposé un contrat et j’ai accepté. Je voulais essayer autre chose. S. : La scène berlinoise est très connue pour ses artistes électroniques. Qu’en est-il du rock? M. : Il n’y a pas beaucoup d’artistes qui chantent en anglais dans la scène rock locale. La plupart s’expriment en allemand. Mais j’écoute très peu de musique qui vient de mon pays. S. : Qu’écoutes-tu alors? M. : Aargh, je déteste cette question! Ou plutôt, je n’aime pas ma réponse, je dis toujours un truc débile, du style «The Beatles». Bon, pour faire court, voici une liste non exhaustive: The Beatles, Bob Dylan, Radiohead, Sigur Ròs, Nick Drake, Björk, Cat Power, Bright Eyes. S. :Avant de devenir musicien professionnel, tu as brièvement été mannequin. Raconte-nous cette expérience… M. : Il y a deux sortes de mannequinât. Celui qui se déroule sur les podiums et celui qui officie pour la publicité. Moi j’ai fait partie de la seconde catégorie. En fait, je n’ai eu que deux mandats, l’un pour une marque de jeans et l’autre pour une agence matrimoniale. J’ai trouvé cette expérience horrible. Comment peut-on faire de la publicité pour un produit quelconque et vouloir devenir musicien à côté? J’ai trouvé que ce n’était pas compatible. S. : Le fait qu’une de tes chansons s’appelle Kate Moss n’est donc pas la preuve de ta passion immodérée pour le monde de la mode? M. : Non, absolument pas. J’aimais simplement la sonorité, et tout le monde se demande aujourd’hui ce que je voulais dire en utilisant son nom…