La trouille un peu absurde d’avoir à mesurer la distance entre une musique qui nous touche intimement et l’intention de ses auteurs, voilà ce qui prend le journaliste à l’instant de poser ses questions. Quand il s’agit d’interviewer les texans de Midlake, dont l’album The Trials Of Van Occupanther est peut-être le meilleur disque pop de 2006, c’est donc la frousse la plus complète qui s’empare de moi. Heureusement, la gentillesse et la disponibilité de McKenzie Smith, batteur de la formation, qui a accepté de répondre à mes questions tordues ont fini par mettre tout le monde à l’aise, quelques heures avant un concert d’anthologie au club Le Romandie, à Lausanne. Sonotone : Vous venez du Texas, un état qui a mauvaise réputation chez nous. Pas trop dur de faire de la pop chez les Rednecks? McKenzie : Pas du tout. En fait le Texas est un état immense, grand comme la France. On y trouve de tout. J’ai grandi près de Houston qui est une ville hautement culturelle. Austin est un des endroits les plus cools de la planète. Nous sommes basés dans la petite ville de Denton (la ville du Rocky Horror Picture Show, ndlr.), et même l’aspect rural de ce pays nous touche, dans son côté pragmatique, les pieds sur terre. Nous avons utilisé des éléments de cette vie campagnarde et simple dans notre dernier album. S. : Cet album, justement, a été très bien accueilli par la critique. Mais pouvez-vous aujourd’hui vivre de votre musique? M. : Nous ne sommes certainement pas riches! Mais vivre de sa musique, c’est d’abord accepter de la laisser gouverner notre vie. Nous avions tous des jobs divers avant de partir en tournée. Tourner, c’est donc lâcher ce genre de boulots, faire un choix. On a de la chance que notre album soit bien accepté en effet, mais c’est une vie au jour le jour. S. : Comment s’est passé la confection de votre dernier album? M. : Nous pensions au début qu’il allait être assez similaire au précédent. Puis Tim (Smith, chanteur et songwriter, ndlr.) nous a suggéré d’écouter Harvest de Neil Young, ainsi que d’autres artistes comme Fleetwood Mac, The Band, Jethro Tull, Joni Mitchell. Ces gens ont dû influencer notre façon de jouer, car le nouvel album ne sonne pas comme le premier. S. : C’est sans doute l’écoute de Neil Young qui a donné à The Trials… un son beaucoup plus terrien, moins éthéré et moins expérimental que Bamnan & Silvercork, votre premier album ? M. : Oui, c’est très vrai. Nous sommes en fait assez fiers d’avoir trouvé un juste milieu entre l’expérimentation, qui déroute l’auditeur et le détache de ses attentes, et un son plus charnel, plus fédérateur, qui vous fait vous sentir connecté à un ensemble. C’est exactement dans cette ambivalence que réside le secret de The Trials… S. : Dans cet album, il y a pas mal d’histoires d’amour déçues, de mariages qui n’ont pas lieu. Peux-tu expliquer cela? M. : Ce sont juste des histoires inventées par Tim. Il n’y a rien d’autobiographique dans tout ça. Mais la tristesse et la frustration sont des éléments sans lesquels notre musique ne pourrait pas fonctionner. S. : Qui est Van Occupanther, ce personnage qui apparaît dans le titre de l’album et dans la chanson qui porte son nom? M. : C’est un personnage de fiction, là aussi. Un scientifique solitaire et rejeté par ses pairs. Ca n’est pas un concept-album, malgré le fait que beaucoup de journalistes nous posent la question (Pas moi, ndlr.).C’est juste un personnage qui, par le rejet dont il est victime, cristallise ce sentiment de solitude qui transparaît dans le disque entier. C’est lui qu’on voit sur la pochette, habillé dans ce drôle de costume doré qui a été cousu par la femme de Tim. Il est tourné vers cette sorte d’animal, dont le masque aussi a été construit par Tim, comme si la nature était la seule entité vers laquelle il pouvait se tourner.