Des fourmis dans un monde de cigales Par Julie Zaugg Pas une note de travers, pas de tâtonnements brouillons, mais pas non plus de ces digressions inattendues qui font le sel de certaines prestations live. Ce soir au Fri-Son, les Editors délivrent un set compact, efficace et pro. Comme à chaque fois d'ailleurs. Car le quatuor de Birmingham est composé de bosseurs. Il n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. Après un premier album (The Back Room, 2005) au succès immédiat, les Anglais ont rapidement repris le chemin du studio pour livrer quelques mois plus tard un second opus encore plus abouti (An End Has A Start, 2007). La traditionnelle angoisse du deuxième disque? Connais pas. Depuis leur rencontre à l'université, les quatre ex-étudiants en "technologie musicale" n'ont en fait jamais chômé. Ils ont certes connu quelques déboires à leurs débuts, enchaînant les concerts tout en exerçant des jobs alimentaires, mais ils ont rapidement su saisir leur chance. Et ne l'ont plus laissé s'échapper depuis. Rencontre avec un groupe qui n'a pas les mains dans ses poches. Sonotone: Vous êtes extrêmement prolifiques. Avez-vous déjà commencé à travailler sur le troisième album? Ed Lay: Non, pas encore. En fait, nous débutons tout juste la promotion du deuxième! An End Has A Start est sorti au milieu de la saison des festivals et nous avons donc surtout fait la tournée des open-air cet été. Nos premières vraies dates n'ont eu lieu qu'en octobre, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Mais il nous reste une petite plage de libre en décembre. Nous nous mettrons sans doute à penser au troisième album à ce moment-là, car il nous est impossible d'écrire sur la route. S: Comment avez-vous fait pour sortir le second si rapidement, apparemment sans efforts ni traumatismes? EL: Nous ne nous sommes mis aucune pression et avons vraiment apprécié les sessions en studio. Davantage même que la première fois, où nous étions un peu intimidés par tout cet attirail sophistiqué. Nous avons nous-mêmes été surpris par la facilité avec laquelle l'enregistrement s'est déroulé. Nous sommes entrés en studio et avons simplement fait ce qu'un groupe est censé faire: écrire des chansons. Aussi, nous sommes très sûrs de nous, ça aide… S: An End Has A Start a un son beaucoup plus affirmé et intense que The Back Room, voire même une dimension épique qu'on ne trouve pas sur le premier album. Avez-vous le sentiment d'avoir progressé entre les deux? EL: Nous voulions créer, cette fois, un album vraiment moderne, avec beaucoup de textures et mettre l'accent sur les mélodies. D'où un son plus grandiloquent par moments. Nous avons volontairement choisi de ne pas brider cette emphase, de laisser les chansons développer leur propre dynamique. S: Sur scène, vous frappez par votre professionnalisme. Comment en êtes-vous arrivés à livrer des prestations aussi compactes? EL: Personne ne veut être nul sur scène! On a tous vu des groupes en concert, qui jouent sans la moindre cohésion. Chez certains, le résultat peut être intéressant, mais pas chez nous. Cela ne marcherait pas avec notre musique, et nous serions juste pathétiques. Pour arriver à ce résultat, c'est très simple: nous sommes sans doute l'un des groupes qui tourne le plus au monde. L'année dernière, par exemple, nous nous sommes produit dans pas moins de 48 festivals. Résultat, nous avons joué nos chansons des centaines de fois. Nous les connaissons vraiment bien. S: On vous place souvent dans la catégorie de la New New Wave, aux côtés d'Interpol et consorts. Cela vous énerve? EL: Non, tant que ça fait parler de nous… Mais je ne pense pas que cela soit particulièrement vrai. Tout un tas de groupes sont arrivés au même moment fque nous: Maxïmo Park, Arctic Monkeys, Bloc Party, etc. On nous a tous mis dans le même panier, alors que notre seul point commun était d'être britanniques. Quant à Interpol, ils représentent assurément une influence pour nous, mais nous les connaissions très peu avant de sortir notre premier album. Nous écoutions plutôt les Strokes, qui sont apparus à un moment où il ne se passait pas grand-chose dans le rock. Tout était un peu mort. S: Impossible d'échapper à la comparaison avec Joy Division, en revanche… EL: Oui, mais je ne la comprends pas vraiment. Quand les gens nous comparent à Joy Division, c'est essentiellement à cause de la voix de Tom. C'est un peu court comme argument, non? D'ailleurs, je préfère New Order… S: Vos pochettes suivent une certaine ligne graphique: sobre, épurée et sombre. Qui les réalise? EL: La première est l'œuvre de Russell (le bassiste). Elle a l'air bien plus conceptuelle qu'elle ne l'est vraiment. Elle a un petit air de Factory Records (le label mancunien créé par Tony Wilson qui a notamment hébergé Joy Division, ndlr), alors que nous n'avons fait que d'y mettre de vieilles photos de nos proches. La seconde a été créée par le designer Tom Hingston, sur la base d'une œuvre de l'artiste Idris Khan, qui vient de Birmingham comme nous. S: Vous avez enregistré des versions acoustiques de certaines des chansons du dernier album. Allez-vous les sortir? EL: Nous trouverons certainement un moyen de les publier, mais nous n'allons pas sortir un album acoustique. Cela ne nous ressemblerait pas du tout et ne collerait pas avec notre musique. En fait, nos démos commencent souvent par être des chansons acoustiques, avec Tom tout seul au piano ou à la guitare, avant de se transformer en véritables chansons des Editors.