Le quatre mains de deux garçons à Hawaii Par Gaspard Turin L’air de rien, sans jeu de scène ni artifices, hormis la présence de quelques téléviseurs diffusant des images de rivières et de champs, les six Belges de Girls In Hawaii seront parvenus à mettre tout le monde d’accord au terme d’un concert splendide, jeudi 28 février dernier aux Docks de Lausanne. Avec des chansons si évidentes et si travaillées à la fois, qu’on a de la peine à imaginer qu’elles résultent du travail individuel de deux membres du groupe – Antoine (celui qui est debout devant, en chaussettes, au micro) et Lionel (au micro, sans chaussures, devant, mais assis). Rencontre avec ce dernier.Sonotone: Votre nouvel album, Plan Your Escape, a-t-il été écrit à quatre mains comme le précédent?Lionel: Oui, mais notre système est assez spécial: à la base, Antoine et moi écrivons chacun dans son coin les chansons, avant d'en enregistrer des démos où presque toutes les parties sont installées. S: Quelles sont les chansons que tu as écrites? Parce qu’il me semble impossible de faire la différence entre ton travail et celui de ton coéquipier…L: Sur le dernier, des titres comme Birthday Call, Shades Of Time ou Bored sont de moi. Antoine a écrit This Farm… ou Plan Your Escape, par exemple. Si les différences d’écriture ou de chant ne s’entendent pas, c’est une chance pour nous. Il faut dire qu’on est amis depuis douze ans, il y a donc une entente tacite qui a dû se développer entre nous… Effectivement, dans le grand balcon courant au dessus du bar des Docks où Lionel répond à mes questions et Antoine, à quinze mètres de distance, à celles d’un autre journaliste, et dans le fracas du soundcheck de The Tellers, Lionel parvient à rebondir de temps à autre sur l'une des questions posées à Antoine… On veut bien croire à l’entente tacite.S: Vous avez tourné pendant près de trois ans avec un seul album en poche. Même avec un second en poche, difficile de ne pas rejouer quelques anciens titres. Ce n’est pas trop dur? L: Non. D’une part, parce que même si tourner comporte des inconvénients (aujourd’hui par exemple on a attendu six heures ici sans rien faire), l’heure que dure le concert est tellement bonne qu’elle rachète toutes les contrariétés, quelles que soient les chansons sélectionnées. D’autre part, les anciens titres prennent parfois un aspect différent à la lumière des nouvelles. On peut les redécouvrir sous d’autres angles. C’est sans doute dû au fait qu’on a acquis une expérience technique qui nous permet de tenter d’autres approches d’un même morceau.S: On sent d’ailleurs une vraie recherche, à la fois dans l’écriture des chansons et dans la façon de les jouer en concert, une volonté de dépassement, de progression constante. Est-il possible de gérer cette exigence avec l’esprit très pop, très accessible, de votre musique ?L: C’est vrai que c’est parfois contradictoire… Mais cela fonctionne tout de même; nous travaillons beaucoup sur nos chansons, c’est vrai. Mais si un accident se présente et qu’il nous plaît, on va le garder. On essaie aussi de conserver un maximum de spontanéité au niveau du chant. L’écriture des paroles, par exemple, est expédiée en quelques minutes. Comme on n’est pas bilingues, ce n’est pas un aspect de notre musique qui focalise toute notre attention. S: Des sorties d’albums qui vous ont touchés récemment?L: On a été très impressionnée par le dernier PJ Harvey, ou dans un style un peu différent, Cat Power. On aimerait bien que notre prochain disque possède les qualités d’interprétation et l’évidence simple de ces disques. Quitte à essayer de mettre la voix plus en avant, dans nos futurs enregistrements.