A Whisper In The Noise est essentiellement le projet d'un seul homme, West Thordson. Vivant tout seul dans une école abandonnée au fin fond du Minnesota, il y compose de sombres mélopées saturées d'orchestrations diverses. Intégrant des cordes, du piano, du violon, du cor anglais ou encore des sons électroniques, il s'est adjoint les services de quelques compères pour enregistrer son troisième album, Dry Land. Groupe à géométrie variable, A Whisper In The Noise s'articule désormais autour d'un noyau dur composé de West (voix, piano), Hannah (violon) et Matt (percussions, guitare, synthé). Faisant référence dans leurs titres et paroles à l'histoire romaine ou à la poésie de Bukowski, ces Américains se placent d'emblée à part dans une scène locale – celle de Minneapolis – dominée par un rock binaire hérité des 80's. Rencontre au Romandie, juste avant leur concert. Vous utilisez de nombreux instruments inattendus (cor, violon, etc.), ce qui confère une réelle qualité instrumentale à votre musique… Nous avons voulu introduire dans notre musique des instruments tirés du monde raffiné de la musique classique, afin de les intégrer dans celui du rock. Le contraste nous plaît. On peut faire bien plus avec un piano qu'avec une guitare. Il y a davantage d'options. En concert, vous faites usage de projections. Pourquoi cela? Les images sont un autre élément de texture que nous aimons superposer à la musique. A Whisper In The Noise est composé de différentes couches – thématiquement similaires – qui s'emboîtent les unes dans les autres: le son, les projections, la pochette du disque. On vous décrit parfois comme un groupe d'art-rock… J'ai toujours apprécié ce terme. Il est utilisé pour décrire la musique de nombreux groupes de 80's que j'aime bien. Cela colle bien avec nous aussi: la plupart de nos influences proviennent du cinéma et de la littérature. Très peu viennent de la musique. Vous venez d'une toute petite ville au fin fond du Minnesota. Cet isolement se reflète-t-il dans votre musique? Absolument. Je crois qu'un artiste est souvent le produit du morceau de terre qui se trouve sous ses pieds. Cela influe sur le ton et l'humeur de sa musique. D'ailleurs, lorsque nous avons enregistré Dry Land, nous nous sommes réfugiés dans un coin de campagne encore plus perdu, et cela s'entend sur le disque. Je dirais qu'on entend même une différence de tonalité sur des chansons enregistrées dans différents districts d'une même ville. West, vous habitez dans une école abandonnée. Ce n'est pas un peu sinistre? Un peu, oui. Ma copine refuse d'y passer ne serait-ce qu'une seule nuit. En fait, il s'agit de l'école primaire que j'ai moi-même fréquentée. Elle a fermé il y a dix ans par manque d'habitants. Un homme a alors racheté le bâtiment, mais ne l'utilisait pas. Il m'a permis de m'y installer. J'ai emménagé et j'ai commencé à y amener du matériel d'enregistrement. C'est un endroit fascinant, un peu lugubre. A peu près l'équivalent d'un squat en Europe, sauf que l'occupation d'immeubles ne serait jamais tolérée aux Etats-Unis. Vous avez enregistré plusieurs fois avec Steve Albini. Qu'a-t-il apporté à votre son? Nous l'avons rencontré à travers un ami commun, le batteur de Shellac. Steve Albini est un documentaliste de la musique, un non-producteur. Il ne donne aucun conseil aux groupes qu'il produit. Il les place dans un coin et les oblige à développer eux-mêmes leurs chansons. Il conserve une distance marquée entre sa personne et les sons qu'il produit. Je pense que cela peut être perturbant pour certains groupes, qui ont besoin qu'on leur imprime une direction claire, mais nous avons adoré. Alors que tant d'albums sont gâchés par une surproduction, il nous a aidé à développer un son crû et imparfait. Il disait toujours "La perfection est l'ennemi du bien", ce qui est devenu une sorte de slogan pour nous. Nous ne considérons pas que la version enregistrée d'une chanson est son incarnation définitive, elle doit pouvoir évoluer. C'est pourquoi nous aimons laisser quelques passages heurtés ou des approximations sur nos enregistrements. Nous avons rarement effectué plus de deux prises. La musique n'est pas une science, c'est une question de feeling. A quoi ressemble la scène musicale de Minneapolis? La ville est restée coincée dans une sorte de son précurseur du grunge, qui a fait sons succès dans les années 80 avec des groupes comme Hüsker Dü ou The Replacements. C'est dommage, il existe de nombreuses nouvelles formations qui font du très bon hip-hop, folk ou métal. Mais elles sont un peu délaissées par la critique…