Les Black Lips sont un groupe improbable. Qui d'autre que ce quatuor déglingué d'Atlanta, Georgia parviendrait à marier avec autant de désinvolture le son sale et saturé du garage rock 60's et les mélodies fraîches d'une pop 00's? Qui d'autre oserait reprendre lors du même set Jacques Dutronc et le Wildman des Tamrons? Eh bien, les Black Lips le font. Avec panache, en plus. Laissant de côté les feux d'artifices, poulets et autres fluides corporels qui émaillent en général leurs concerts, ils ont livré fin septembre au Romandie une prestation énergique et efficace. Sonotone les a rencontrés juste avant qu'ils ne prennent la scène. Vous avez commencé à enregistrer votre nouvel album, après le grand succès que fut Good Bad Not Evil, à quoi faut-il s'attendre? Ian (guitare): Les chansons sont meilleures que sur le précédent! Nous avons conservé l'élément pop de Good Bad Not Evil, tout en ajoutant un son plus sale, ce qui le rapproche davantage de nos premiers disques. Ce sera un album de pop psychédélique. Vos enregistrements sont très bruts. Comment obtenez-vous ce son peu travaillé? Jared (voix & basse): Depuis peu, nous possédons notre propre studio. Nous l'avons racheté aux parents d'un ami qui retournaient vivre en Grèce et qui voulaient s'en débarrasser. Du coup, nous n'avons pas dû débourser grand-chose. Nous passons notre temps à entrer et sortir de ce studio; j'y ai même vécu pendant une période. A chaque passage, nous en profitons pour enregistrer quelque chose. C'est un processus très informel, Aussi, nous n'effectuons jamais plus de deux ou trois prises et tout est enregistré en analogue sur du matériel assez ancien. Je trouve que le son digital n'a pas d'âme, de la même manière que je préfère le vinyle au CD. On vous taxe parfois de groupe "retro" en raison de vos influences très 60's. Avez-vous parfois l'impression de n'être que ça? J: Non. Nous ne sommes pas des nerds du garage rock, comme j'appelle ces groupes qui enfilent un "costume" 60's avant de monter sur scène, et adoptent la posture qui va avec. Nous jouons tout simplement en t-shirt, sans arrière pensée. Si nous avons un son 60's, ce n'est pas intentionnel, c'est juste le reflet de la musique que nous écoutons, de la soul, du blues, de la country. De plus, la scène est moins codifiée aux Etats-Unis qu'en Europe: ici, on entend chaque soir les mêmes chansons dans les clubs, les gens se déguisent en complets 60's pour sortir. Justement, à quoi ressemble la scène à Atlanta, votre ville d'origine? I: Elle est extrêmement vivante actuellement, avec des groupes comme Deerhunter, Gentlemen Jesse ou même Mastadont, un groupe de métal. Elle n'a sans doute jamais été aussi vivace, sauf à l'époque du Blues et de Little Richard. Je comparerais Atlanta dans les années 2000 à Seattle dans les 90's. Ou alors à Athens, Georgia à l'époque de REM et des B 52's. D'ailleurs les auteurs du fameux documentaire "Athens, GA Inside/Out" qui retrace cette période sont en train d'en réaliser un sur Atlanta, un peu dans la même veine. Vos concerts sont réputés pour leur côté chaotique. Aimez-vous la scène? I: Le live est la part la plus importante pour nous, surtout depuis que les gens n'achètent plus de disques. Sur scène, nous essayons de créer une atmosphère rock' n roll, de présenter un véritable show. Nous nous percevons comme des "entertainers", suivant en cela la tradition d'un Little Richard. L'important est que les gens passent un bon moment. Il y a tant de groupes dont les concerts ressemblent à la note près à leurs albums. Si tu fermes les yeux, tu pourrais être dans ton salon à écouter le CD. Nous ne voulons surtout pas reproduire cela. Ce qui se produit lors de nos concerts dépend entièrement de notre humeur et de l'endroit dans lequel nous jouons. Pour ce soir, je ne peux rien promettre: nous n'avons pas dormi hier soir… Vous êtes également très prolifiques en terme de dates de concert… I: Oui, nous avons fait 300 concerts l'an dernier. Nous sommes sur la route la plupart du temps. Nous sommes déjà venus six fois en Europe rien que cette année. Nous nous préparons à tourner au Mexique, en Amérique latine (Brésil, Argentine, Vénézuela) et en Inde. Ces pays ont une classe moyenne en forte croissance qui commence à acheter des disques et à écouter du rock. Nous allons également essayer de jouer en Chine et en Ouganda. Comment réagit le public face à votre musique dans ces Etats qui ne voient que rarement passer des groupes de rock? J: Les kids sont les mêmes partout. Si vous avez un bon beat, vous ne pouvez pas faire faux. Ce ne doit pas être facile d'organiser un concert en Ouganda… J: Nous faisons tout via MySpace. Cela nous a permis d'organiser des dates en Israël et en Indonésie par le passé. Grâce au net', nous avons pu trouver des jeunes motivés sur place qui nous ont mis en contact avec les bonnes personnes.