Malgré l’ambiance décontractée qui règne au Romandie ce dimanche soir, j’ai à peine préparé mon interview de ce groupe de rock hardcore dont je ne connais quasiment pas le nouveau disque, et donc j’ai un peu peur malgré mon grand professionnalisme. Et lorsque débarquent Brian et Chris, respectivement bassiste et batteur de TAAS, je constate que le premier a une grosse barbe et le second plein de tatouages partout. La panique me gagne, je pense d’abord à fuir, mais fausse alerte: ils doivent peser 120 kilos ensemble sur la balance, dont 25 de poils et d’encre. Et surtout, ces types sont extraordinairement sympas et détendus. Et du coup j’ai plus trop honte de mes questions idiotes griffonnées sur un bout de nappe. Sonotone: Salut! Dites-moi, il vient d’où votre nom? Brian: Beuh! C’est du charabia, ça ne veut rien dire. Chris: je crois que c’est Steve, notre chanteur, qui s’est un jour pointé avec ce nom, qu’on a trouvé cool et c’est tout… S: Vous venez à la fois de la scène metal (à ce mot, Chris le tatoué fait un peu la grimace… mais Brian fut membre du légendaire groupe de metal Botch…) et vous avez un côté plus pop (ils collaborent avec Minus The Bear ou Cursive). Où vous situez-vous? C: Au milieu de tout ça. Ou alors nulle part. On a des moments un peu metal mais je ne nous vois pas comme un groupe vraiment hardcore. Il y a des passages où on fait de la dance music! (rires) B: Et on a autant d’éléments de rock traditionnel ou progressif dans notre musique. Mais c’est vrai que c’est à la fois un avantage et un inconvénient: on peut tourner avec des gens aussi divers que Minus The Bear et Isis, on rencontre un très grand nombre de personnes, venues d’horizons divers. D’un autre côté, on est difficile à labelliser, et du coup moins vendables, moins exploitables. On est dans une zone grise. Mais on s’en accommode plutôt bien. S: Votre troisième album vient de sortir (Tail Swallower & Dove, sur Suicide Squeeze). N’est-il pas un peu plus dur que les précédents? C: Je ne crois pas… Il est sans doute plus stable, plus terrien. B: Et aussi plus vaste, mais tu veux sans doute dire qu’il est plus délibéré, plus concentré. On est moins partis dans tous les sens. Ça doit être ce qu’on appelle la maturité?... S: Un mot sur la victoire d’Obama? Les deux ensemble: Bien sûr, on est très heureux, très enthousiastes. S: Maintenant qu’il a gagné, est-ce que ça ne va pas être plus difficile pour des groupes comme le vôtre d’exprimer la colère ou la frustration que la précédente administration vous inspirait? B (réfléchit, puis): C’est vrai que l’ère Reagan avait été le terreau d’un grand nombre de groupes excellents, qui ressentaient le besoin de réagir à un niveau politique. Quand tout va mal dans ton pays, quand les valeurs que le gouvernement prône sont à l’opposé des tiennes, c’est plus facile de se positionner. C: Mais en fait on n’est pas vraiment un groupe politique. B: Ou pas exclusivement. C: Il y a toujours dans le monde assez de trucs merdiques contre lesquels exprimer sa rage, on ne se fait pas de souci à ce niveau!