La vie n'est pas exactement facile pour Bret et Jemaine, les deux musiciens néo-zélandais qui écument les arrières salles new-yorkaises dans la série Flight Of The Conchords. Les spectateurs des premiers concerts de Crystal Stilts n'ont sans doute pas pu s'empêcher d'y songer. Car la naissance de ce groupe 100% américain est basée sur une méprise: on les a pris pour un groupe néo-zélandais. Leur son très Flying Nun, assorti au parrainage de Hamish Kilgour de The Clean, un mythique groupe néo-zélandais, les a fait passer pour des kiwis auprès de leurs compatriotes. La légende commence tout juste à se dissiper. Lors de leur passage abrasif au Romandie début février, nous leur avons donc demandé de rétablir la vérité… Racontez-nous la formation de Crystal Stilts… Brad Hargett (chant): JB (Townsend, le guitariste) et moi nous sommes rencontrés en Floride, où il avait déménagé après avoir grandi en Californie. Nous avons rapidement gagné New-York, pas forcément pour former un groupe, mais parce que nous nous ennuyons. Il n'y a vraiment pas grand-chose en Floride à part la plage…A Partir de 2003, nous avons commencé à jouer ensemble, et nous avons décroché nos premiers concerts en 2004. Nous avons compris qu'il nous fallait un groupe complet et nous avons donc recruté les trois autres (basse, synthé et batterie, cette dernière étant tenue par une ex-membre des Vivien Girls, ndlr) dans un magasin de disques. Notre premier album, Alight Of Night, a été enregistré en 2006 déjà, mais nous avons attendu 2008 pour le sortir. JB Townsend: Nous manquions d'argent et nous voulions pouvoir en dépenser suffisamment pour obtenir un bon enregistrement. Lorsque notre label, Slumberland, nous a contacté pour sortir un single, nous avions déjà un album entier à lui offrir. Ils n'ont pas hésité. Comment est née la méprise néo-zélandaise? BH: Notre premier EP, sorti en 2006, renvoyait clairement à The Chills (autre groupe néo-zélandais signé sur Flying Nun, ndlr). Aussi Hamish de The Clean, qui était présent lors de notre premier concert, nous a beaucoup soutenu au début. Nous avons assuré la première partie pour The Clean à plusieurs reprises. Aussi, nous adorons les groupes Flying Nun, ils font partie de nos influences. Autre influence qui saute aux yeux: le shoegazing. BH: Ce n'est pas intentionnel. Nous tendons davantage vers Galaxy 500 que Slowdive. En fait, nous aimons les groupes qui gravitaient autour de cette scène – en marge – plus que ceux qui en faisaient directement partie. Nous nous revendiquons du Paisley Underground (un scène née dans le milieu des années 80 à Los Angeles et comprenant des formations comme The Three O'Clock, The Fuzztones, Dream Syndicate ou The Long Ryders, ndlr). Reste que pour un groupe américain, vous avez un son sacrément britannique. BH: Nous avons toujours beaucoup écouté les disques du label Creation, mais nous ne cherchons pas à imiter le son anglais. Certaines personnes ont dit que je chante avec un accent britannique, mais ce n'est pas du tout vrai! On a aussi comparé mon timbre et mon débit à celui de Ian Curtis (chanteur de Joy Division, ndlr). Pour moi, cette similitude est uniquement due au fait que je ne chante pas très bien et que j'ai une tessiture relativement limitée. Entre vos influences garage-rock 60's, shoegaze et fuzz-pop néo-zélandaise vous n'avez pas l'impression de regarder un peu trop vers le passé? BH: Quelqu'un m'a dit récemment que notre album aurait pu être enregistré en 1988, qu'il n'aurait pas vu de différence. Je l'ai pris comme un compliment. Je n'aime pas la musique des 20 dernières années, surtout celle des 00's. Comment faites-vous pour obtenir ce son vintage? JB: Nous accordons beaucoup d'importance à la production. Nous avons insisté pour enregistrer l'album en analogue, sur bande. Nous recherchions un son pré-digital, presque mono. Quasiment préhistorique, en fait! A quoi ressemblera votre prochain album? BH: Il sera moins hypnotique. Nous écrivons désormais des chansons destinées à être jouées par cinq personnes au lieu de deux, et qui peuvent être transposées en live. Nous gardons ces paramètres à l'esprit. Nos nouveaux titres sont donc plus courts, plus ramassés. JB: L'influence rock'n roll 60's sera aussi plus présente. Vous habitez à Brooklyn, là où sont basés d'autres groupes rattachés au son "new-gaze" (A Place To Bury Strangers, Vivien Girls). Est-ce le début d'une scène? BH: A Brooklyn, on trouve énormément de jeunes gens qui font de la musique. Ce qui est drôle, c'est que pratiquement personne n'est originaire de ce coin: il y ont tous déménagé alors qu'ils étaient déjà adultes, comme nous. Tout le monde a cette notion romantique de la vie à Brooklyn, qui doit être si cool. Mais ce n'est rien de spécial. Quant au son noisy, il existe, mais je pense qu'il doit davantage au Velvet Underground qu'à la shoegaze.