Quelques mois après la sortie du sublime Evenfall - chroniqué dernièrement dans ces pages et qui a fait dernièrement la couverture de la revue Magic! – et quelques jours avant sa venue à Montreux, le Français Sébastien Schuller nous a livré, autour d’une bonne mousse, les petits secrets qui lui ont permis de produire ce disque du crépuscule aux climats variés et à la beauté organique. Tu as fait beaucoup BO et ta musique est assez cinématographique. Penses-tu qu’on puisse la qualifier de bande-son de ta vie, de «sountrack of your life»? S. Schuller: « Soundtrack of my life » en tout cas, dans le sens où ce que j'écris est influencé par mes journées, mon quotidien. Ma musique reflète ce que j’ai pu vivre et passer comme moments. Pour Evenfall, le concept d'un album qui se déroule sur une seule journée m’est venu après, en fait. Uniquement l'ordre des titres était prémédité, ce qui était déjà le cas sur mon album précédent. Ce n’est donc pas un concept-album ? S. Schuller: Non, ou plutôt le concept a été posé après coup et il m’est apparu comme une évidence. C’était peut-être inconscient, vu que les titres étaient déjà dans cet ordre-là, dans cette évolution-là. Ton chant est plus présent, plus assuré sur Evenfall. Tu assumes plus aujourd’hui ton rôle de chanteur? S. Schuller: Oui, j’avais envie de chanter plus que sur le premier album. J’ai fait beaucoup de morceaux instrumentaux avant Happiness, sur lequel il y avait encore 3 morceaux instrumentaux et où la voix était encore un peu discrète. Entre les deux albums, j’ai passé pas mal de temps à composer au piano et à me concentrer un peu plus sur le chant. Je commence à me sentir beaucoup plus à l’aise même si j’ai encore beaucoup de travail C’est quelque chose d’évolutif. Parlons un peu de la très belle pochette de ce deuxième album. Qu’évoque-t-elle? S. Schuller: C’est ma femme qui fait ces collages, elle a passé pas mal de temps à écouter le disque, à s’imprégner de la musique. Ensuite elle m’a proposé différents collages qui se retrouvent tous sur le disque. J’ai choisi celui qui est sur la pochette en ré-écoutant les morceaux, en essayant de vivre une expérience graphique. Par exemple, sur un morceau comme Midnight, avec les petites notes de vibra au début, on a l’impression que les petites ballerines de la pochette pianotent sur l’eau. Ca donne pour moi une autre dimension à l’album, pas forcément prévue, personnelle. Chacun peut trouver une différente profondeur à cette pochette. Tu habites en partie à Philadelphie. Qu’est-ce que cette ville t’apporte? S. Schuller: J’y vis un peu en vase clos, je fais du vélo dans mon quartier. Je monte quelques fois à New-York mais bon, je ne découvre pas les Etats-Unis, l’Amérique avec un grand A. Du coup je ne pense pas que cet album soit influencé par les Etats-Unis, surtout que je passe la moitié du temps en France (et pas mal de temps dans les transports, où je compose beaucoup). Après, des détails de ma vie à Philadelphie m’ont sûrement inspiré, comme le carillon de l’église que j’entendais dans le parc en face de chez moi où j’allais fumer ma clope… Tu as fait pas mal de musiques de films… Comment t’es tu retrouvé à faire celle de «Notre univers impitoyable», qui est quand même un film avec Thierry Lhermitte?! S. Schuller: Le film n'est pas si mauvais que ça!… (rires) C’est une comédie un peu aigre-douce, c’est pas si mal. Je savais que ce ne serait pas exactement ce que j’aime au niveau cinématographique, mais je suis assez jeune dans cette expérience-là, c’est nouveau, ça me donne les moyens de pouvoir faire mes albums en parallèle, comme je veux, même si paradoxalement ça prend beaucoup de temps. Parfois, les films dont je fais la musique ne sont pas tellement ma tasse de thé, et du coup je ne fais pas trop de promo, je ne pousse pas les gens à aller les voir. Tu es un fan de Mark Hollis, qui plébiscite le silence dans ses compositions. Y penses-tu quand tu écris? Cela se sent un peu sur la chanson Battle. S. Schuller: En effet. Battle me fait penser à New Grass. Je retiens plein de phrases de Mark Hollis, j’ai lu et relu beaucoup interviews de lui. Il emprunte souvent des citations de jazzmen, comme celle qui dit en substance, «si tu ne joues qu’une note, fais en sorte que ce soit la bonne». Cela me correspond dans le sens où j’essaie toujours de trouver «mes» bons accords. Je pense que Mark Hollis et Talk Talk m’ont appris à composer, d’une certaine manière. Les écouter a été mon premier vrai choc musical. Tu joues au Miles Davis de Montreux cette année, c’est une date importante pour toi? S. Schuller: Oui, pour tout le groupe c’est énorme de jouer là-bas. Nous avions déjà joué au Jazz Café, mais c’était une expérience un peu difficile: il s'agit d'un lieu un peu bruyant, notre musique était assez étirée, assez ambient... Là on a des choses plus rythmées, on sera dans une vraie salle. C’est une chance énorme pour nous. C’est impressionnant de prestige ce festival. J’ai l’impression que tous les musiciens qui jouent là-bas sont super impressionnés.