The Raveonettes: un gars, une fille Aux Docks, un mardi en fin d’après midi, le chanteur-guitariste Sune Rose Wagner nous reçoit vêtu d’un vieux t-shirt Ramones tout pourri et très compréhensif face à nos questions d’amateurs (parfois à la limite de l’insulte). Il enchaînera, avec sa comparse blondissime Sharin Foo, sur un concert mémorable, scotchant sur place la cinquantaine de spectateurs venus écouter leur mélange de noisy-pop façon Jesus & Mary Chain et de motown à la Phil Spector. Durant une heure et demie, le duo a prouvé que son but était moins de retrouver une qualité de son vintage que de l’inlassable quête de la chanson pop parfaite. Sonotone: Votre dernier album, Pretty In Black, date de 2005; où en êtes-vous dans votre travail ? Sune Rose Wagner: Nous sommes en fait sur le point de sortir le troisième, en novembre. Il s’intitule Lust Lust Lust et c’est un album très sombre, plus introverti et plus personnel que le précédent. Nous y avons introduit des contraintes plus sévères que d’habitude; par exemple il n’y a pas de basse, pas de cymbales ou de charleston, c’est un album assez minimaliste. S: Vous êtes-vous sentis astreints à travailler selon ces méthodes, après un deuxième album plus pop, avec plus de concessions vis-à-vis du grand public ? SRW: Non, en fait c’est comme ça que je préfère travailler. Je suis un technicien, je réalise mes projets sur ordinateur – d’ailleurs, contrairement à ce que pensent parfois les gens, je ne suis pas un fanatique des instruments vintages, des vieux amplis à lampe et tout ça. Mes lectures, ce sont des magazines pour PC. Mais c’est vrai qu’on a ressenti le besoin de revenir à quelque chose de plus épuré, plus proche de nos débuts. S: A ce propos, vos chansons ont très souvent la même structure, sur trois accords. C’est aussi une forme de minimalisme ? SRW: Non, en fait presque toute l’histoire du rock’n’roll est constituée par des chansons de trois accords (il tire sur son t-shirt en souriant). C’est ce qui sonne le mieux, on n’a pas fait mieux depuis Buddy Holly, Richie Valens et consort. S: D’autres groupes des années 80 comme The Jesus & Mary Chain ou les Pixies ont cherché à exploiter ces mêmes trois accords. N’avez-vous pas l’impression parfois de ne pas jouer votre propre musique ? SRW: Non, c’est le contraire; vous savez, j’habitais à Los Angeles à l’époque. La musique à laquelle on avait accès était tout simplement horrible. J’ai cherché à synthétiser à travers ma musique toutes celles que je me croyais le seul à aimer, les Everly Brothers, les Cramps, pour créer quelque chose qui m’appartienne en propre. S: Pourquoi avoir quitté le Danemark pour vivre aux USA ? SRW: C’est toujours la même histoire, il fallait que je me casse de mon bled. J’en rêvais comme tout le monde, des States. Aujourd’hui je vis à New-York depuis 4 ans et demi; c’est une ville très inspirante, la meilleure de toute. Je m’y sens chez moi, peut-être parce que ça n’est pas vraiment une ville américaine, à l’image de la vie que nous menons: à force d’écumer les salles de tous les pays, on n’est plus de nulle part. Mais je garde des liens étroits avec mon pays d’origine, j’y retourne de temps en temps. Notre batteur est danois. Je pense que j’y retournerai dans quelques temps, c’est un pays où faire de la musique est très agréable. Sonotone: Vous sentez-vous proche de groupes de la scène new-yorkaise actuelle? SRW: Pas vraiment. On a tourné avec Interpol ou les Strokes, mais on ne fait pas exactement partie de cette scène; d’abord à cause de notre son qui est un peu en décalage par rapport à ce qui se fait. Et puis, si on voulait vraiment représenter cette scène, il faudrait qu’on sorte tous les soirs, qu’on se mêle à la hype. Et quand on est à New-York, c’est qu’on rentre de tournée, et la seule chose qu’on souhaite, c’est d’être tranquilles à la maison! en êtes-vous venus à l’enregistrer en Suisse? Neman: Nous avions joué à l’Usine de Genève, et nous savions qu’il y avait un studio là-bas. Nous nous sommes un peu renseignés, et voilà. David-Ivar: Je dirais que c’était un vrai caprice (rires), parce que nous avions beaucoup aimé le concert à l’Usine. Neman: Oui, il y avait des gens sympas, des amis. Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais les gens qui travaillaient là-bas habitaient dans un squat qui s’appelait le squat des jardins, où nous avons habité pendant que nous enregistrions le disque. Sonotone: Quels sont vos projets estivaux? Neman: Concerts… David-Ivar: Oui, nous allons jouer au Jazz à Montreux. J’aime bien. J’avais vu la vidéo de Leonard Cohen à Montreux en 1975 et, depuis, c’était un peu mon rêve d’y jouer. Sinon, nous faisons aussi Benicassim. Je suis très content aussi d’y jouer, parce qu’il y aura les Stooges. Un groupe que j’adore.