Herman Düne: «Nous avons vécu dans un squat à Genève» Neman et David-Ivar, venus jouer leur nouvel album Giant sur la scène du Romandie, ont répondu à Sonotone par un après-midi ensoleillé de juin. Terrasse, bières et confidences sur le retour du ukulélé. Sonotone: Parlez-nous de votre dernier album, Giant. David-Ivar: Nous l’avons enregistré dans un endroit idéalement isolé. Tout a été couché sur bande en live, au plus près de la manière dont nous jouons en concert, en s’inspirant des méthodes des disques que nous écoutons, c’est-à-dire des albums des années 50 et 60. Sonotone: Et le nom? David-Ivar: Il est juste bien tombé. Dans l’endroit où nous avons enregistré notre album, au Pays de Galles, il y a des légendes à propos des géants. Mais en fait ce n’est pas pour cela que nous avons choisi ce titre… Ce mot nous traînait dans la tête pour plusieurs raisons avant, pendant et après l’enregistrement. Donc, ça correspondait au moment. Et aussi au dessin que j’avais envie de faire pour la pochette. Sonotone: Quelle a été la différence pour vous de passer d’albums bricolés à des albums produits avec plus d’argent? De signer sur une major? David-Ivar: Déjà, précision, nous sommes distribués par une major, mais nous ne sommes pas signés sur une major. Mais, à part ça, oui, ça change d’avoir de l’argent pour enregistrer. Je ne sais pas si cela change quelque chose qu’il vienne d’une major, mais disposer de plus d’argent pour sortir un album est un plaisir. Nous avons par exemple pu faire appel à une section de cuivres pour la première fois, et nous avons pu engager nos amis aux chœurs. Nous avons également eu plus de temps que pour Not On Top, l’album précédent. Cet enregistrement n’a été que de la liberté! Nous avons toujours produit nos albums nous-mêmes, mais là, pour la première fois, nous étions producteurs artistiques, tout en disposant d’une aide pour les coûts d’enregistrement. Sonotone: Le fait d’être disséminés aux quatre coins du monde doit être assez problématique pour un groupe. Comment composez-vous? Neman: Les chansons sont composées séparément, chacun de son côté. Nous nous retrouvons juste pour l’enregistrement. Nous ne répétons pas tellement les morceaux. En fait, nous nous réunissons et, sur le moment, nous faisons comme nous le sentons. Nous jouons toute l’année, faisons beaucoup de concerts, donc ce n’est pas comme si nous arrêtions de jouer pendant des mois. David-Ivar: Oui, c’est presque une méthode idéale qui s’est imposée à nous. Souvent, pour les albums et notamment pour Giant, nous étions séparés au moment de l’écriture: moi j’écrivais mes morceaux depuis New York, et nous nous retrouvions ensuite en tournée à jouer les morceaux d’un bloc, tous ensemble. C’était très agréable. Par la suite, une fois que nous sentions bien les titres, nous allions en studio les enregistrer. Sonotone: La vidéo de I Wish That I Could See You Soon est très visionnée sur internet. Il y en a plusieurs versions, dont une inachevée, est-ce une volonté de montrer un work in progress? David-Ivar: En fait, nous avons pas eu le temps d’attendre que les effets spéciaux soient achevés avant de le sortir (rires)! Notre ami Toben Seymour, qui a réalisé le clip, invente toujours de nouvelles techniques. Là, il avait inversé le processus du fond vert, mais cela s’est avéré être assez compliqué. Nous n’avons donc pas pu attendre la version finie de la vidéo pour la sortie du single en Angleterre. Mais, finalement, nous avons décidé que nous préférions la version avec les bonhommes verts. C’était imprévu, rigolo. Nous les aimions déjà sur le tournage. Ils nous auraient manqué… Sonotone: Vous composez souvent vos morceaux sur la base de l’ukulélé… David-Ivar: Oui, j’écris beaucoup avec l’ukulélé, c’est très pratique, c’est petit. Je l’emmène dans le train, je peux jouer quand j’attends sur le quai, je l’amène au restaurant, n’importe où. Je l’ai toujours sur moi. Sonotone: Que pensez vous du retour en grâce de cet instrument qu’on voit désormais un peu partout? David-Ivar: La mode de l’ukulélé m’a un peu désolé au début... J’aime bien cet instrument mais, du coup, toute l’année dernière je n’en ai pas joué une seule fois, parce que ça m’avait un peu dégoûté. Mais, par la suite, je me suis dit que c’était bête, parce que c’est un bel instrument, malgré la mode. Et puis, finalement, tout le monde joue aussi de la guitare, ce n’est pas pour autant devenu inintéressant. Sonotone: Parlez-nous de votre album Switzerland Heritage (2001), comment en êtes-vous venus à l’enregistrer en Suisse? Neman: Nous avions joué à l’Usine de Genève, et nous savions qu’il y avait un studio là-bas. Nous nous sommes un peu renseignés, et voilà. David-Ivar: Je dirais que c’était un vrai caprice (rires), parce que nous avions beaucoup aimé le concert à l’Usine. Neman: Oui, il y avait des gens sympas, des amis. Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais les gens qui travaillaient là-bas habitaient dans un squat qui s’appelait le squat des jardins, où nous avons habité pendant que nous enregistrions le disque. Sonotone: Quels sont vos projets estivaux? Neman: Concerts… David-Ivar: Oui, nous allons jouer au Jazz à Montreux. J’aime bien. J’avais vu la vidéo de Leonard Cohen à Montreux en 1975 et, depuis, c’était un peu mon rêve d’y jouer. Sinon, nous faisons aussi Benicassim. Je suis très content aussi d’y jouer, parce qu’il y aura les Stooges. Un groupe que j’adore.