Et depuis plusieurs années, on a toujours mieux à faire que d'aller l'écouter… jusqu'à ce soir-là, un peu par curiosité, un peu pour se mettre à l'abri. Donc, DJ Fett arrive dans le club sur le coup des 1h 30 du matin, s'installe, et déjà, on se dit que les choses démarrent bien. Des platines, bien entendu, mais surtout deux boîtes pleines à craquer de 45 tours. Exclusivement. Alors, ramenant une mèche grasse derrière son oreille, ce type aux allures de gros nounours attrape un disque, puis un autre, puis encore un autre, et ce sont des perles qui s'enchaînent, entre motown, northern soul et tubes africains improbables. Dans la salle, en 10 minutes, la température est montée en flèche, les murs dégoulinent, les filles jappent, les mecs jouent des genoux, les franges collent au front. Le son est pourri mais claque, soutenu par les voix d'un public d'aficionados qui sait par cœur une chanson sur deux. On passe des Surfaris à Miriam Makeba ou Shirley Ellis, avec une dextérité désarmante. DJ Fett, d'un timide twist planqué derrière sa table, secoue
maintenant ce qu'il faut bien convenir d'appeler une généreuse poitrine et chante les refrains, sourire aux lèvres. Soudain, une évidence: deep down inside, ce gars, c'est Veronica Bennett. A la fin de la soirée, on a juste envie d'aller se jeter dans ses bras pour une étreinte pleine de sueur à la Fight Club. Et de lui payer des croquettes de rösti.
