Editorial
par Julie Zaugg
La chronique de disque a ceci d'absurde qu'elle s'accomplit forcément dans la précipitation. A quoi bon chroniquer un album des mois, voire des années, après sa sortie? Tout le monde est déjà passé à autre chose. On passe donc son temps à courir après la dernière sensation, qu'on écoute en quelques heures, avant de la chroniquer aussitôt. Si possible avant même sa sortie officielle. Dommage, parce que les meilleurs albums sont justement ceux qui ne livrent pas si facilement leurs trésors, ceux qu'il faut réécouter fois après fois pour se laisser peu à peu apprivoiser. C'est la différence entre un coup de foudre et un amour durable. La première fois que j'ai écouté My Bloody Valentine ou Sigur Rós, je n'ai pas trop aimé. MGMT et Peter, Bjorn & John, si. Résultat, les albums chroniqués ici ne sont pas toujours ceux qui nous aurons le plus marqués. On se retrouve souvent en décalage, à chroniquer les disques de juin, alors qu'on commence tout juste à apprécier ceux de mars. Ce mois-ci, par exemple, j'écoute en boucle Mumford & Sons et Get Well Soon, sortis il y a plus de deux mois, mais je chronique Shearwater et These New Puritans, qui viennent d'arriver dans les bacs. C'est pour répondre à cette dictature de l'immédiateté et réhabiliter les albums "oubliés" en raison de leurs charmes trop subtils, que nous avons inventé la rubrique "incontournable". Un manière de se retourner sur un passé – plus ou moins proche – avec le regard informé de celui qui sait que ce disque-là, il a passé l'épreuve du temps. En fait, il y a tout à parier qu'il se soit même bonifié avec les années.