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numéro 48, juillet 2010
Editorial
par Julie Zaugg
"Classer c'est tuer". La formule est péremptoire, mais elle donne un aperçu clair de la manière dont certains amateurs de musique perçoivent l'agencement de leur collection musicale. Lorsque nous avons lancé – geeks que nous sommes – une mini-enquête sur la façon dont les gens classent leurs disques, nous nous attendions à trouver une multitude de méthodes de rangement toutes plus fantaisistes les unes que les autres: par pays de provenance, par couleur de la pochette ou par sous-genres pointus (la post-wave ce n'est pas la même chose que la folktronica, compris?). Quelle ne fut pas notre surprise de constater qu'en fait un bon tiers des amateurs de musique n'a pas de système de classement du tout. Que ces personnes se contentent d'empiler leurs albums de façon complètement aléatoire sur une étagère (quand ce n'est pas dans une caisse). Et qu'ils s'y retrouvent néanmoins. Cela en dit beaucoup sur la nature bohème et "anarchiste" du fan de rock. Le disque doit vivre, doit se perdre parmi plein d’autres. Il ne faut pas le brimer en le faisant rentrer dans une petite case qui ne permet pas d'en rendre toute la complexité ou – pire encore – en le condamnant à un triste alignement alphabétique digne du dernier petit fonctionnaire. Ce refus de classer aboutit également à la personnification de la collection de disque. Elle devient un agrégat unique et bordélique qui parle de nous, que de nous. Une sorte de portrait en creux de son propriétaire, en somme.