Sonotone

John Grant

Pale Green Ghosts

Bella Union

Pop

11 - 04 - 13


par Gaspard Turin

Les deux titres qui ouvrent l’album sont déconcertants. Pale Green Ghost et Black Belt, titres électros désincarnés, bien ringards en termes de production (Grant a fait appel à Biggi Veira de… Gus Gus) font figure de repoussoir à qui voudrait aller plus loin. Est-ce de la pudeur? Pourtant le reste de l’album n’en est que plus vibrant d’intensité. Dès GMF (pour Greatest Mother Fucker) on retrouve le Grant de l’indépassable Queen Of Denmark (2011), plus pop, plus kitsch, plus vrai. On pense parfois au Leonard Cohen d’aujourd’hui, lissé par les chœurs féminins (chet Grant: Sinead O’Connor) et les synthés hideux, mais au détour desquelles on tombe sur des affirmations brutes, des vérités qui vous coupent le sifflet. «Remember how we used to fuck all night long? Neither do I because I always passed out, I needed lots of booze to handle the pain» (You Don’t Have To). Car bien sûr il y a la voix de baryton parfait de Grant, une voix à la diction bien détachée et au rythme fait pour la ballade, le genre qui lui convient le mieux (les très belles It Doesn’t Matter To Him, la beatlesienne I Hate This Town, l’impossiblement sirupeuse Glacier). Une voix qui pourrait faire de lui le nouveau Rufus Wainwright s’il était un peu plus sortable, le nouveau Dave Gahan s’il était un peu moins gay. Mais, ancien junkie et alcoolique, hypersensible au physique de viking désorienté, nouvellement diagnostiqué VIH-positif, John Grant dérange authentiquement, déplace qui l’écoute. Au pire, dans le monde de l’électro islandaise d’il y a quinze ans. Au mieux, au cœur de l’immense humanité de John Grant.

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