Sonotone

Owen Pallett

In Conflict

Secret City

Pop

01 - 07 - 14


par Gaspard Turin

Qui se souvient d’avoir vu l’ex-adolescent opalescent Owen Pallett en concert à ses débuts (l’époque de Final Fantasy, puis de Heartland, premier album sous son nom véritable, en 2010) aura forcément été marqué par des prestations scéniques d’une puissance exceptionnelle. Au point que les disques eux-mêmes, bien qu’excellents, faisaient parfois figure d’une ombre fuyante de la réalité. Il semblerait qu’avec In Conflict, le Canadien ait réconcilié amour des procédés perfectionnistes et profondeur. On pense assez souvent à Sufjan Stevens ou à Andrew Bird. Même fausse légèreté, même légère schizophrénie: le mélange des arrangements légers, dentelles de pizzicati, servent des structures architecturées parfois jusqu’à la monstruosité (The Sky Behind The Flag), avec par-dessus le marché des confidences ultra-personnelles lâchées au fil du disque («I’ll never have any children», sur I Am Not Afraid, faisant écho à «There’s a gap between what a man wants and what a man will receive», sur la phénoménale Song For Five & Six). Il y a aussi une voix qui a éclos, une voix définitivement canadienne, qui se rapproche de celles de ses compatriotes Rufus Wainwright ou Joel Gibb (The Hidden Cameras). C’est particulièrement vrai dans l’épique The Riverbed. Citons pour terminer le tourbillon d’intensité Infernal Fantasy, véritable leçon d’écriture et d’arrangements. Incroyablement risquée (tempo synthétique ultra rapide + rythmiques barrées à la Animal Collective + chœurs d’hommes = un mélange casse-gueule) mais si réussie que le génie de son concepteur n’en éclate que plus nettement.

Live